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Le mal de ventre, ou l'épicentre de l'attention sur un ultra trail



"L’adaptationnisme, qui veut montrer que tout est adaptatif, a des limites", Alain FROMENT


Beaucoup de coureurs se plaignent de vomissements ou de mal de ventre sur les courses longues comme le Grand Raid qui les poussent même parfois à abandonner. Au-delà des aspects particuliers liés à la chaleur et aux divers micro-climats de nos îles, il faut souligner le caractère particulier de ces problèmes qui ne datent pas d’aujourd’hui.


En effet il nous semble nécessaire de bien comprendre l’historique de ces troubles et pourquoi finalement on a mal au ventre, voir comment l’éviter.


Petit historique des troubles hépato-digesifs

C’est en 1969 que les premières descriptions concernant les troubles hépato-digestifs sont mentionnées dans des revues scientifiques. En fait, ces recherches font état d’athlètes souffrant de diarrhées dans des épreuves d’endurance (A. Cantwell).

On pense notamment à l’athlète de marathon Derek Clayton qui, à l'issue de son chrono futuriste (2h08'34'') à Anvers en 1969, eu quelques déboires après la course.

Lui même raconte cette expérience douloureuse: « Deux heures après ma performance l’exaltation avait disparu. J’urinais des caillots de sang, je vomissais des mucosités noirâtres et j’avais une abondante diarrhée de couleur noire. Je ne pense pas que beaucoup de gens puissent comprendre ce que j’ai enduré pendant les quarante-huit heures suivantes ».


En 1980, les recherches sont plus nombreuses et plus précises dans ce domaine. On parle même à cette période du concept de « runner’s trot » . Mark Allen en est par ailleurs l’exemple symbolique lors de divers triathlons, que ce soit après son abandon à Nice en 1984 ou lors de sa victoire sur l’Ironman d’Hawaii en 1988, car ses courses sont immédiatement suivies d’une hospitalisation, à chaque fois pour « crampes épigastriques ».


En fait les troubles hépato-digestifs ont toujours été à la source de contre-performance pour le sportif avec environ 5 à 15 % de causes d'abandon en compétition. Aussi, et selon certaines recherches , les chiffres avancent que 30 à 65% des coureurs à pied de longue distance présentent, ou ont présenté, des troubles gastro intestinaux à l’effort.



Physiologie digestive à l’effort

Les troubles hépato-digestifs peuvent présenter certains critères de gravité et parfois engager un pronostic vital, nécessitant alors une prise en charge rapide médicale ou, de manière exceptionnelle, chirurgicale avec une fréquence d'hospitalisation de 0,1 %.


Cependant c’’est surtout l’inconfort total et les douleurs violentes qui nous font nous arrêter et donc annihiler toute chance d’être performant le jour de la compétition.

L'ischémie mésentérique semble être le facteur déterminant de ces manifestations. En effet, dans l’effort se produit une forte activité du système nerveux sympathique et une diminution du parasympathique, qui va produire alors une vasoconstriction splanchnique, sorte de redistribution des flux privilégiant les territoires musculaires en activité lors d’un effort aux dépends des organes digestifs (ce que l’on nomme aussi parfois le « vol vasculaire »).


Ainsi l’irrigation sanguine peut être réduite selon les coureurs de 50 % à 80 % (surtout en ultra trail) au profit des muscles en action, c’est-à-dire en priorité les membres inférieurs.


Les facteurs d’aggravation de ces symptômes sont:

- Le stress, l’émotion, l’inquiétude,

- L'altitude au dessus de 1 000 mètres (avec la diminution de l’oxygène), un climat chaud comme dans nos îles,

- L’intensité de l'effort et le type d’exercice (notamment sur les compétitions avec des efforts intenses et/ou très longs),

- Davantage provoqué avec un état d’hypoglycémie, d’hyperthermie, de déshydratation, et d’hyperventilation (avec une augmentation du volume d’air inspiré),

- Les femmes ont un terrain plus favorable avec la menstruation,

- Le sujet jeune est également plus exposé, par l’inexpérience au niveau de la gestion de l’effort.


Quelques principes pour éviter les problèmes hépato-digestifs en course

  • Ré-hydrater et donc boire progressivement et donc contrecarrer le déficit en eau,

  • Prévenir l’hypoglycémie, en évitant les effets d’osmolarité inverse: le couple volume/débit des liquides doit être bien géré, avec un dosage adéquat de la boisson d’effort afin de maintenir la production d’énergie par un apport régulier de glucose au cerveau (pour rester plus lucide): en boire donc de petites quantités mais très souvent,

  • Empêcher l’hyponatrémie (sorte de noyade de l’estomac) en évitant de ne boire que de l’eau pure à profusion (diminution du sodium disponible),

  • Ne pas faire d’innovations en course et éviter de consommer des aliments difficiles à digérer,

  • Ne pas faire d’excès de nourriture sur les ravitaillements et manger de manière frugale, en petite quantité mais souvent,

  • Prendre le temps de bien mastiquer les aliments afin qu’ils soient mieux digérés dans l’estomac,

  • Procéder à un départ prudent afin d’éviter la fatigue, toujours différée dans l’effort,

  • En descente, anticiper les chocs en adoptant une attitude « souple et relâché »,

  • Sur les efforts très longs alterner les ravitaillements sucré/salé afin d’éviter la l’écoeurement du goût sucré,

  • Enfin protéger du froid la zone gastro-intestinale.

Les nausées et les vomissements

Les causes possibles des nausées et des vomissements sont nombreuses, et souvent dues à des infections gastro-intestinales, une indigestion, une prise de certains médicaments, le mal des transports, et parfois des facteurs psychologiques.


Leurs conséquences nutritionnelles sont par contre très variables. Ainsi des vomissements passagers mais importants peuvent conduire à une déficience en potassium, induisant un affaiblissement musculaire, des troubles du rythme cardiaque, une réduction de la tonicité intestinale ou, encore, des saignements gastro-intestinaux ; ils peuvent également entraîner une déplétion de sodium.


Quant aux vomissements chroniques, ils provoquent une diminution des apports énergétiques aboutissant à une malnutrition et à des carences en divers nutriments.


Les conseils diététiques sont de boire lentement des boissons à température ambiante, de fractionner les repas et de bien mâcher, par petites quantités.

  • Les aliments conseillés sont les féculents, les aliments salés et ceux à faible teneur lipidique.

  • Les aliments à éviter sont ceux à odeur ou goût forts ou trop sucrés,

  • Lors de nausées, la prévention des vomissements peut être faite par l'ingestion de boissons claires et sucrées en très petites quantités,

  • Le repos est également conseillé car l'activité augmente les nausées.


Automédicamentation : une pratique à risque pour les reins (Aspirine, AINS )

Bien souvent lorsque la douleur se fait sentir sur une épreuve longue, notamment en ultra trail, il est courant d’observer dans le peloton certaines personnes ayant recours à l’automédicamentation, c’est-à-dire consommant certains médicaments sans l’avis d’un médecin ou d’un expert.


Cette attitude semble dangereuse et c’est ainsi que certains chercheurs et entraîneurs souhaitent alerter et surtout informer les pratiquants des risques éventuels de ce comportement.


L’aspirine (1) ou les anti inflammatoires non stéroîdiens (AINS) semblent être les produits les plus usités pour palier à la douleur de manière immédiate. Ils sont en effet d’excellents antalgiques, et dans ce sens semblent être les meilleurs garants pour stopper les douleurs ostéo-articulaires et musculaires.


Ces produits, délivrés en vente libre et sans ordonnance, sont pourtant dangereux pour la pratique de la course à pied.

En effet ils agissent en priorité sur le rein, qui demeure l’organe fondamental du filtrage des liquides, mais responsable également des complications les plus graves dans le contexte de l’ultra-endurance. En effet, le rein est très sollicité durant une épreuve d’ultra endurance (comme un ultra trail) et il est nécessaire, voir fondamental, de ne pas diminuer ses capacités à s’adapter à l’effort.


Chaque rein compte environ un million de néphrons, et chaque néphron est une « mini cafetière à piston ». En fonction de la pression appliquée sur le piston, on fabrique une certaine quantité d’urine.


Par contre lorsqu’il fait chaud et que l’on transpire, il faut garder l’eau, et il faut donc diminuer la pression, pour diminuer la fabrication d’urine (et inversement lorsque l’on est en excès d’eau).


Les mécanismes d’adaptation du rein à un tel effort sont régulés par les prostaglandines (2), et les médicaments cités en diminuent leur fabrication, qui elle-même stimule la réaction inflammatoire.


La prise d’AINS (3) par exemple diminue donc fortement les capacités d’adaptation du rein. Il est donc fortement déconseillé de prendre ce genre de produit, avant, pendant mais aussi après l’épreuve afin de permettre aux reins de fonctionner correctement (l’Aspirine et les AINS ayant par ailleurs les mêmes effets secondaires).


La prise d’un anti-inflammatoire doit donc toujours être bien réfléchie et jamais dans un contexte d’automédication.



Boissons énergisantes et boissons énergétiques de l’effort, une confusion des genres

Un pourcentage important (30 à 50%) d’enfants, d'adolescents mais aussi de jeunes adultes, consomment plus ou moins régulièrement des boissons énergisantes. On peut également constater ce phénomène dans nos îles avec une consommation excessive et régulière de ce genre de boisson.


Cet effet de mode n'est pas sans danger pour les consommateurs. En effet plusieurs rapports ont mis en évidence de nombreux effets secondaires : convulsions, tachycardie, troubles du rythme cardiaque, hypertension artérielle, diabète, troubles du sommeil, voire des troubles du comportement et de l’humeur (conduite agressive, violence, irritabilité, hallucinations).


Ces boissons augmentent par ailleurs l'effet excitant de l’alcool. Une étude américaine révèle que les adultes en bonne santé ayant bu des boissons énergisantes riches en caféine et en taurine ont vu leur taux de contraction cardiaque augmenter dans l’heure suivant sa consommation.


Malheureusement ces boissons sont parfois consommée dans le milieu du trail, pensant à l’effet énergétique immédiat que cela peut procurer durant l’effort. Bien sûr, et étant donné les constituants, ces breuvages possèdent des effets pervers garantis (coliques, mal de ventre).


Ainsi ces types de boissons devraient plutôt s’appeler des boissons « énervantes », car elles sont « bourrées » de caféine et d’autres adjuvants excitants pour l’organisme. On les confond donc à tord avec les boissons énergétiques qui, elles, apportent une valeur nutritionnelle, car un peu plus dosées pour l’effort.


Lire aussi ⎮Une alimentation ultra réussie de Denis RICHÉ

Denis Riché
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(1) L’aspirine, lui, semble jouer sur le foie en l’intoxiquant, donc il est aussi à éviter si possible dans l’effort.

(2) Les protaglandines sont des substances dérivées des acides gras, ayant une structure biochimique commune appelée prostanoïde, naturellement produite par l'organisme et servant de médiateur dans un très grand nombre de phénomènes physiologiques et pathologiques.

(3) Advil, Anadvil, Rhinadvil, Antarène, Brufen, Cliptol, Dolgit et Ergix, Expanfen, Gélufène, Hémagène, Ibutop, Intralgis, Nureflex et Nurofen, Solufen, Spedifen, Tiburon, Upfen, Vicks Rhume, Profénid, Kétum, Toprec, Feldène et Geldène, Inflaced, Zofora, Brexin


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