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Désir mimétique, ressources mentales en course à pied



Lorsque l'on prépare une grande échéance, ou un objectif majeur en compétition de course à pied, la fraîcheur physique, si possible avec de bonnes sensations, est un facteur important pour parvenir au but fixé. Seulement, et on n'y échappe pas, il y a un moment donné où le physique décline. C'est alors que le coureur n'a d'autre choix que de faire appel à ses ressources mentales


Mais au fait, qu’est-ce que le mental dans notre discipline ?


Il n’est pas si aisé de le définir finalement. Nous vous proposons donc un petit tour d’horizon pour vous permettre d’engager une réflexion plus large et plus critique de cette qualité dont on vante les mérites, mais dont on ne sait pas trop comment l’utiliser.


En fait on utilise souvent indifféremment les termes de préparation mentale, de préparation psychologique, de suivi ou d'accompagnement psychologique, bien que ces termes ne recouvrent pas le même sens.


Ce qui peut les réunir est en fait ce que nous oublions de citer lorsque nous parlons de mental : notre cerveau !


Le 12 avril 2013, inaugurant le projet BRAIN, Barak Obama déclarait :

"L’humanité est parvenue à identifier des galaxies qui sont à des milliards d’années-lumière d’ici, à étudier des particules bien plus petites qu’un atome, mais elle n’a toujours pas élucidé le mystère de ce kilo et demi de matière qui se trouve entre nos deux oreilles".


Presque dix ans plus tard, ce constat demeure en grande partie vrai, bien qu'une réelle prise de conscience post-covid est poussé à s'intéresser davantage à notre santé mentale, et donc aux processus cognitifs et aux neurosciences.


Le corps est réactif, mais le cerveau est prédictif

Nous sommes les héritiers d’une longue lignée animale, et notre schéma corporel est celui des vertébrés terrestres, les tétrapodes : amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères, tous bâtis sur le même modèle, lui-même issu d’un plan bien plus ancien qui remonte aux vers les plus primitifs. Cette aventure est inscrite dans nos gènes tout comme dans nos os.


Le corps a donc une histoire et une géographie, mais notre cerveau également, et il mérite aussi qu’on s’y intéresse.


Nous sommes en effet nés en étant conçus et cablés presque de la même façon pour la survie, mais notre carrosserie et notre moteur peuvent être différents d’un point de vue génétique, épigénétique, mémétique.


Et surtout notre manière dé réagir face aux événements qui nous poussent à nous mettre en mouvement va dépendre de notre capacité à nous adapter.


Selon Yuval Noah HARARI, c'est grâce à une révolution cognitive que nous avons pu nous distinguer des animaux et évoluer (ou plutôt changer ...). Les régions du cortex ont grossi d’un facteur 30 ou plus. C’est le cas notamment de la majorité du cortex pré-frontal et d’une bonne partie des lobes pariétaux et temporaux – et c’est précisément sur ces aires que reposent les fonctions cognitives supérieures particulièrement développées dans l’espèce humaine, comme le langage, les mathématiques, la pensée rationnelle, la planification et l’introspection.


Sources: Stanislas Dehaene (Face à face avec son cerveau)


"Le cerveau sert à prédire le futur, à anticiper les conséquences de l’action (la sienne propre ou celle des autres), à gagner du temps." Alain BERTHOZ, Le corps en mouvement

Pour survivre, nous n’avions en général qu’une seule chance, un seul coup à jouer, mais qui devait engager tous nos muscles et notre masse corporelle en déplacement.


Ainsi pour nous nourrir, nous devions probablement attraper une proie se déplaçant à plus de 30 kilomètres à l’heure, c’est-à-dire à plus de 8 mètres/seconde. Pour cela il était nécessaire d'anticiper sa position en moins de 100 millisecondes et se diriger au bon endroit, au bon moment en prédisant le geste de capture. Il était donc important d'anticiper, de deviner, et même de parier sur "un bon comportement", sorte de "théorie de l’esprit" pour deviner les esquives de la proie dans son environnement.


Ce processus extrêmement rapide, au cours duquel tout se joue en quelques dizaines de millisecondes nous montre donc que le cerveau est avant tout une machine biologique extraordinaire qui peut aller très vite et anticiper. Les capacités de connexion des neurones dépendent en quelque sorte de synapses, minuscules renflements où les tentacules de neurones voisins se donnent la main, en collaboration étroite avec le système nerveux périphérique (le SNP et les cellules glaises notamment).


Cependant notre cerveau est largement immature à la naissance, et le développement des connexions de ces synapses, c’est‐à‐dire les points de jonction entre deux neurones, est largement dépendant des stimuli extérieurs et de l’apprentissage (c’est pourquoi le nourrisson est mignon, pour se protéger en fait !).


Parmi les fonctions du cerveau, la perception sensorielle nous lie fortement à notre environnement. Rester plongé dans l’obscurité et dans un silence complet provoquera inévitablement une souffrance des circuits de neurones


C'est pourquoi il nous faut sentir et ressentir, ce qui nous permet d’éprouver et d’exprimer des émotions traduites en sentiments ; bref, ce qui nous permet d'être vraiment au centre de notre vie.


Beaucoup d’athlètes évoquent ainsi le plaisir (re)trouvé dans la pratique (il faudrait aussi discuter du désir...), quand d’autres parlent de la force mentale (sorte de résilience) après une période pandémie de Covid-19 ayant exacerbé notre sensibilité et notre besoin de lien social,


Sans doute qu'en retrouvant une activité physique intense ou d’endurance extrême, une belle échappée hors de nos routines devient alors possible : on va alors se faire voir ailleurs et on découvre qu’on y existe aussi, mais d’une autre façon. On ne dépasse pas ses limites, on change seulement d’état.


Désir mimétique

Le mimétisme est un transfert d’émotions d’un individu à l’autre, une sorte d’onde qui peut, de proche en proche, toucher l’humanité entière. On peut le comparer à la contagion par un virus qui agit en quelques millièmes de seconde (1). Lors d’une rencontre avec quelqu’un, par exemple, on a tendance à adopter automatiquement ses expressions, ses comportements saillants (faciès, tonalité de voix, posture, langage corporel...). Ce mimétisme, immédiat, inconscient et automatique est une composante fondamentale des rapports humains.


C’est pourquoi lorsque nous entretenons des pensées positives, de joie de plénitude, comme lors de grands événements médiatiques, nous produisons des substances chimiques qui nous rendent joyeux et sereins. Ces comportements sont très communicatifs.


Cependant, si nous entretenons des pensées anxieuses ou d’impatience, le résultat est identique. Nous faisons cette simulation avec un certain type de cellules nerveuses appelées neurones miroirs (2). Elles s’allument quand nous voyons quelqu’un d’autre faire un geste intentionnel et quand nous simulons intérieurement la même action.


En fait, il existe une synchronisation entre le cerveau et le corps : le cerveau vérifie en permanence ce que le corps ressent. Si nous lui envoyons donc en permanence des pensées négatives le corps va réagir avec des degrés de douleurs plus prononcés, ce qui peut provoquer une boucle d'ondes progressivement négative. Finalement, si nous pouvons maîtriser la souffrance (qui est facultative), nous pouvons tout aussi facilement maîtriser la joie (en souriant dans la douleur, qui serait tout simplement acceptée dans la pratique).


Que ce soit à l’entraînement ou en compétition, l’idée est donc d’en avoir conscience, et comprendre que nos neurones miroirs nous incitent dès notre plus jeune âge à imiter l’autre, voir à nous construire une image de la douleur ou de l’effort à réaliser.


Il existe donc un cycle de la pensée et de l'émotion qu'il faut entretenir positivement. En effet le cerveau fabrique des substances chimiques qui font en sorte que nous ressentons exactement ce que nous pensons, et provoque un "état d’être ».


La relaxation, la méditation, l’hypnose ou l’autohypnose peuvent ainsi et dans ce cadre proposer au coureur d’écouter son corps autrement, l’aider dans la gestion de la fatigue et de la douleur, être en lien avec son environnement.


Comme le cite António Damásio, médecin et professeur de neurologie : « Il faut apprendre à nourrir les bonnes émotions qui permettent aux humains de prospérer ». Notre culture trail, somme de nos comportements bienveillants avec les autres, la nature et l’effort, pourrait donc nous pousser à ces expériences en permet de conserver de bonnes ondes, et un cercle vertueux de pratiquants.


Le problème c’est les autres ?

L’entourage des autres athlètes est également une composante forte de la performance, et la résultante du mimétisme, que ce soit à l’entraînement ou en compétition. Ainsi lorsque l’on met en avant les possibles inters-actions qui peuvent influencer l’expérience des coureurs, on peut comprendre le rôle important des tiers dans la motivation et l’atteinte de ses objectifs. Les tiers étant compris comme la famille, les autres coureurs, les entraîneurs, les bénévoles, l’entourage médical. Ces relations sociales peuvent agir sur nos émotions et donc fortement influencer nos décisions, notamment lors de la compétition.


Ainsi l’entourage, les blogs, les réseaux sociaux peuvent être pourvoyeurs de conseils utiles- recherches de solutions pour mieux s’adapter aux problèmes de la pratique. Mais ils peuvent aussi devenir de terribles instruments « d’apocalyse cognitive » proposant un déferlement d’informations en entraînant une concurrence généralisée de toutes les idées, et en captant malheureusement souvent les pires (Gérard Bronner, 2021). Le « like » est un monstre dans le sens où il pousse à ne plus savoir qui l’on est vraiment ! (3)


Le cerveau est une métaphore pathologique

Notre cerveau joue un rôle majeur au quotidien, que ce soit pour nos sentiments, nos actes et notre comportement vis-à-vis des autres et de nous-même. Il est ainsi l'organe principal de notre personnalité et il induit bon nombre de nos décisions.


Si notre cerveau fonctionne mal alors notre quotidien peut devenir difficile à vivre et c'est pourquoi il peut être utile d'en avoir conscience et de le travailler.


Cela dit, et à ce stade il est aussi normal d'hésiter à se dire que notre mental puisse exercer des effets réels et mesurables, car nous fonctionnons de manière automatique et inconsciente. En effet, tous nos gestes du quotidien, nos décisions, nos paroles se font de manière inconsciente sans que nous puissions nous en rendre compte (4)


Bien heureusement car cela nous permet de courir ou marcher sans prendre conscience à chaque pas de lever les pieds, d’éviter les cailloux, de consulter notre GPS. Ce sans quoi nous serions épuisés.


Néanmoins si l'on continue à entretenir les mêmes pensées et les mêmes sentiments familiers il est probable que l'on retrouve sans cesse la même réalité. Concrètement, et en tant que coureur, cela se résume à continuer à penser que notre entraînement n'est pas à remettre en cause.


Nos souvenirs personnels nous incitent en fait à reproduire les mêmes expériences. Mais si des problèmes surgissent (conscients ou inconscients) il est probable que nous puissions revivre la même situation difficile (période de grande fatigue, de doutes, d’abandons, de blessures...).


Bref, il est important à ce stade de pouvoir prendre du recul et de se poser certaines questions essentielles sur sa pratique, dans la gestion de son entraînement.


Bien souvent on espère que quelque chose de nouveau apparaisse alors que l'on entretient chaque jour les mêmes pensées et que l'on s'entraîne toujours de la même façon.


Au-delà de se poser la question du pourquoi c'est surtout le « comment y remédier ». Car nos émotions peuvent être diverses :

• Elles peuvent être facilitantes, et donc plutôt utiles, voir bénéfiques et positives : notamment la joie ou la satisfaction,

• Mais elles peuvent être aussi débilitantes, et ainsi nuisibles, préjudiciables, voir

dysfonctionnelles : on peut ainsi évoquer la peur, l’angoisse ou la honte,

• Enfin certaines émotions vont être dîtes neutres, c’est-à-dire non perturbantes.


Cependant et comme disait le psychologue Rick Hanson, le cerveau agit sur les émotions négatives comme du Velcro et sur les émotions positives comme du Téflon. Autrement dit, les émotions négatives sont beaucoup plus contagieuses que les positives et elles s’ancrent de manière plus durable. La contagion d'émotions négatives peut être un facteur de survie, mais jusqu’à un certain point.



Des heuristiques aux algorithmes d'entraînement (système 1 vs système 2)

L’entraînement n’est malheureusement pas mathématique et le processus de progression est surtout complexe. Et ce d'autant plus que chaque athlète est différent, avec un héritage génétique très personnel. La contingence de la compétition est en plus un autre facteur important qui est souvent négligé : les conditions météo, les contraintes du parcours, mais aussi les aléas professionnels et familiaux.


La réussite d’un projet d'entraînement passe donc dans la confiance et la détermination que l’on y met pour optimiser son potentiel de performance individuel - qu'il soit physique, tactique, mental. Il faut donc poser de petits cailloux chaque jour et en valoriser la construction, sans vouloir obtenir tout, et tout de suite. C’est ce que nomme François Ducasse « le roi soleil » dans son excellent ouvrage « Champion dans la tête ».


À ce stade il parait donc essentiel de bien comprendre qu’il existe une différence entre le désir, le plaisir et la motivation. Selon Michel Foucault, le désir est transcendance alors que le plaisir est dans l'action. Dans ce sens le désir est la clé de la motivation, car il va renforcer notre engagement et notre détermination pour cette quête incroyable qui pose la question : pourquoi a-t-on envie de faire ce qu’on fait ?


Comme pour beaucoup de questions, celle de vouloir courir un trail ne trouve pas forcément de réponse immédiate. Pour vous rassurer il existerait environ 14 000 désirs différents (recensés notamment en 1920 par le sociologue américain Luther Lee Bernard). Mais une chose semble assez claire : en chacun de nous il y a des besoins, parfois mal formulés, qui sont en sommeil, et souvent en concurrence les uns avec les autres.


Aussi lorsque l’on se pose la question du pourquoi, on s’adresse en fait à notre inconscient. C’est pourquoi cela parait souvent difficile d’y répondre. Nous n’avons pas forcément les mots pour l’exprimer, les éléments de langage pour en parler (le fameux système 2 de Daniel Kahneman).


Et c’est pourquoi on entend souvent cette phrase dans les bouches des potentiels finishers: "Et bien j’y vais pour me dépasser, ...heu ou pour me faire plaisir !"


Certes se dépasser, mais y trouver du plaisir, quand même, après 40km de fatigue cumulée.

Ne serait-on pas mieux bien au chaud dans son canapé, au lieu de passer une partie de la journée à cavaler dans les sentiers avec un mal de ventre, un manque de sommeil et les jambes tétanisées ?


En fait le débat ne se situe pas que sur ce point, le désir étant un chantier très personnel qui est aussi lié à notre histoire, à nos sentiments.


Le désir ne serait t'il pas celui de contrôler son plaisir, le plaisir étant finalement dans la maitrise ?


Que ce soit la joie de pouvoir contempler le paysage (l’hédonisme), d’affirmer un combat personnel (la résilience) ou de vouloir performer (la compétition), cette spirale positive montre bien que le trail est une discipline bien à part, et qui attire de plus en plus d’adeptes tant elle permet de se reconnecter avec les réalités de la vie : l’épreuve est difficile, mais ce sont grâce à ces difficultés que l’on devient plus fort, que l’on apprend, que l’on grandit (6).



Ainsi nos désirs sont des éléments moteurs au départ, extrait de notre imaginaire, et qui s’expriment le plus souvent comme :

  • Une folle envie de se réaliser : motivé par la réalisation, on veut s’entendre dire : « Tu es magnifique dans ce que tu fais ... »

  • Une certaine quête de pouvoir, avec parfois une petite soif de domination, pour qu’on nous dise : « Tu es le meilleur, ou tu es la plus forte... »

  • Un besoin vital de lien social, de se connecter avec les autres, en voulant en quelque sorte combler un vide et qu’on nous affirme : « On t’aime, on est avec toi... »

Bref, et quand bien même il puisse exister un mix de ces trois désirs dans notre projet, il peut, pour certains être très radical et entraîner certaines déviances ou un grand désespoir s’il n’est pas exhaussé. Car nous vivons dans une société incertaine, et il faut y trouver du sens. Il nous manque donc des points de repère, un cap à atteindre.



Développer aussi son système d'inhibition (système 3)

La pratique du trail ou de la course à pied peut donc nous servir de boussole dans notre vie quotidienne, car elle nous met en projet. À condition qu’elle ne devienne pas une pratique purement addictive, uniquement pour soi, en stimulant à chaque fois sa zone de récompense.


Pour nous permettre de rester suffisamment motivés dans le projet qui est par exemple de se lancer pour la première fois dans cette aventure, il est donc nécessaire de comprendre que nous sommes avant tout une grande caméra de surveillance et que nos pensées et nos actions s’inspirent du mimétisme des autres.


On imite les coureurs champions (surtout dans l’habillement), on s’inspire des blogs et des magazines, on copie des plannings génériques.


Pour finir il est important, et à ce stade de réflexion, de se questionner et de prendre conscience de son réel potentiel et de la mise en œuvre de son planning d’entraînement, car tout le monde n’a pas non plus les moyens physiques, ni le temps disponible, d’un champion de haut niveau.


En tant que coureur nous pouvons désirer être heureux, en bonne santé et libre mais en fait notre expérience au quotidien peut aussi être construite sur des contraintes, des souffrances et des maux divers (blessures, lassitude). Il est donc peut être nécessaire de se débarrasser de certaines croyances, car la plus grande habitude vient de nous-même.


Par exemple, bien comprendre le process d'un entraînement plus raisonné :

  • A-t-on adopté un mode de vie plus sain par une meilleure alimentation, un meilleur sommeil, moins de stress ?

  • Notre entraînement est-il bien adapté aux contraintes de notre emploi du temps (se forcer d'aller courir sur la pause déjeuner par exemple ou alors après une journée de travail harassante) ?

  • Est-on en adéquation entre l'image que nous voulons offrir aux autres et à nous-mêmes (un travail sur le besoin de reconnaissance et le besoin d'être aimé) ?

En fait il est essentiel de devenir qui nous sommes réellement en tant que coureurs (notre idéal), le vrai soi, et non de se dissimuler derrière une image que nous projetons.


Notamment le fait de dire que l'on devrait toujours vouloir se faire plaisir en course, alors que c'est en général faux, car il faut aussi passer par des moments difficiles pour apprécier les meilleurs moments. Pour éprouver en permanence du plaisir nous devrions augmenter en permanence la dose pour se sentir bien. Il pourrait alors en résulter une recherche effrénée de la dose des neurotransmetteurs du bonheur et donc les moyens d'éviter la souffrance à tout prix, ce qui n'est pas possible dans notre activité.


Ces stratégies d'évitement peuvent aussi devenir progressivement des dépendances : je vais m'entraîner plus pour trouver davantage de plaisir. Si je cours suffisamment je vais réussir à faire disparaître certains sentiments comme l'ennui, ou celui de ne pas être à la hauteur, voire la peur de grossir ou de ne pas être aimé.


Bref l'entraînement produit certes un changement chimique intérieur et il permet de se sentir bien sur le moment. Mais il peut aussi produire un trop plein d'énergie mentale pouvant aussi nous faire sombrer dans une grande lassitude(brown-out), voire un épuisement général (burn-out) dans lequel il est plus délicat d'en sortir.


Notes

1) Les émotions sont contagieuses. Nous répondons spontanément à l’humeur des gens qui nous entourent et nous entrons en résonance avec leurs émotions. Un seul individu peut influencer l’état d’esprit et la dynamique de tout un groupe dans un groupe. La contagion des émotions dans les foules s’observe dans les applaudissements frénétiques d’un plaisir partagé, comme à l’arrivée d’une grande course, ou dans la violence déchainée des démonstrations de masse.


(2) Les neurones miroirs ont été découverts récemment par une équipe de chercheurs italiens conduite par Giacomo Rizzolatti, chercheur en neurosciences. Cette équipe étudiait les mouvements des membres d’un singe grâce à des électrodes très fines implantées dans la région motrice de son cerveau. Un jour, par accident, un singe voit un chercheur prendre une tasse de café́ et la porter à sa bouche, et à la surprise de l’expérimentateur, une fréquence caractéristique signalant un mouvement résonne dans l’amplificateur. La région du cerveau correspondant au mouvement de la main droite s’est activée signalant que le singe effectuait le mouvement de porter la main à sa bouche, mais la main ne bougeait pas du tout. Le singe simulait automatiquement dans son cerveau le mouvement intentionnel qu’il observait sans faire lui-même le geste. Prendre une tasse, ou voir quelqu’un d’autre faire ce geste, a le même effet dans les circuits de neurones miroirs.


(3) Le réseau social Instagram (qui contient 21 millions de Français) teste actuellement une option permettant, à qui le souhaite, de masquer le nombre de likes – les mentions « j’aime » – sous une photo ou vidéo. Les internautes « pourront ainsi décider d’activer l’option qui leur convient davantage, qu’il s’agisse de choisir de ne pas voir le nombre de likes sur les publications d’autrui, de désactiver les likes sur ses propres publications ou encore de conserver l’expérience originale ». L’objectif ? Inviter à davantage se concentrer sur la qualité du contenu et non sa popularité. Et, par là même, réduire la pression sociale que les likes induisent, source Libération, avril 2021.


(4) Guillaume ATIAS, formateur de Brain Modus Operandi (BMO), expert en neurosciences nous explique que notre cerveau prend environ 35 000 décisions par jour, et que ces décisions sont à 99,8% inconscientes.


(5) Daniel Kahneman explique qu'il existe deux systèmes qui régissent notre façon de penser: ce qu'il appelle le "système 1" est rapide, intuitif et émotionnel ; le "système 2" est plus lent, plus réfléchi, plus contrôlé et plus logique. A partir de nombreux exemples et expériences, il expose les facultés extraordinaires de la pensée rapide, le rôle de l'émotion dans nos choix et nos jugements, mais aussi les défauts de la pensée intuitive et les ravages des partis pris cognitifs. Nous pourrions désormais ajouter un système 3, qu'Olivier Houdé développe dans ses ouvrages avec les enfants, celui du contrôle et de l'inhibition.


(6) Une recherche émet l'hypothèse que les motivations pourraient influencer la perception de l'effort, la valence affective, les réponses de la fréquence cardiaque, et la vitesse de course. Les coureurs de trail observés dans cette étude ont des perceptions différentes de l'effort et du plaisir, selon leur typologie, alors que leurs réponses cardiaques et leur vitesse de course présentent peu de différences. Trois types de coureurs de trail ont été identifiés à partir de ces thèmes : a) Les hédonistes, qui sont sensibles à la sensation de plaisir et de bien- être procurée par le sentier. Ces trailers aiment les paysages, courir dans la nature, et rencontrer d'autres trailers lors de compétitions ; b) Les résilients, qui éprouvent du plaisir lorsqu'ils parviennent à surmonter une difficulté significative, obstacle ou à faire face à un incident de la vie. Dans leurs réponses, ces coureurs de trail rapportent une vie difficile, causée par un deuil, un divorce, une maladie, une blessure ou un travail stressant. Pour eux, la compétition de trail est un défi physique et psychologique, une rupture avec un passé douloureux qui peut les aider à faire face aux difficultés de la vie et à renforcer leur estime de soi ; c) Enfin les compétiteurs, qui aiment se mesurer aux autres. Ils attachent une grande importance à leur classement et à leur vitesse de course, Tell Me How You Feel When You Run, I’ll Tell You Who You Are, Alain Groslambert, Bertrand Baron, Fred Grappe, Victor Scholler, Eric Lacroix, Gilles Ferreol, Advances in Physical Education, 2021, 11, https://www.scirp.org/journal/ape


Références bibliographiques

Yuval Noah HARARI, « SAPIENS, Une brève histoire de l’humanité », Albin Michel, 2015

Antoine BALZEAU, Brève histoire des origines de l’humanité, Taillandier, 2022

Daniel KAHNEMAN, Système 1 / Système 2: Les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2012

Charles RAMOND, René GIRARD, La théorie mimétique, de l'apprentissage à l’apocalypse, Puf 2010

Jean Michel OUGHOURLIAN, « Notre 3ème cerveau », Albin Michel, 2013

Sébastien BOHLER, Où est le sens ? Editions Robert LAFFONT, 2020

Gérard BRONNER, « Apocalypse cognitive », PUF, 2021

Joe DISPENZA, Rompre avec soi-même, Arianne Éditions, 2013

François DUCASSE, « Champion dans la tête », Les éditions de l’Homme, 2016

Christophe HAAG “La Contagion émotionnelle”, Albin Michel, 2019

Emmanuel LEVINAS, Altérité et transcendance, Le Livre de Poche, 2006

Philippe BAREL, Le talent (dans le sport et ailleurs), Amphora, 2015





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